Étapes de l’ébénisterie

En tant qu’artisane-ébéniste, je me rend compte que mon travail est assez mal connu. J’aimerais donc vous parler des différentes étapes de base pour façonner le bois, ça vous tente?
Bonne manière de se rendre compte du travail qu’il peut y avoir derrière ce beau métier!

  • Étape 1:
(Si on possède une terre à bois, les premières étapes vont être de choisir quel arbre couper, le tronçonner, le débiter en planches et enfin faire sécher ses planches. Cela peut prendre plusieurs années suivant l’épaisseur et la méthode de séchage bien sur.)
 
Ne possédant pas de terre à bois, je vais donc dans un premier temps déterminer combien de PMP (pied et mesure de planche) il me faudra pour mon projet (je ne parle pas du temps de création ni mise en plans ici).

  • Étape 2:
 
Je vais ensuite aller dans une cour à bois. choisir les planches qui me conviennent: l’épaisseur est-elle bonne, sont-elles droites, y a-t-il des noeuds etc. Le type de débit de la planche (comment a-t-on tranché l’arbre) est à vérifier pour évaluer comment celle-ci pourra travailler avec le temps.

  • Étape 3:
 
De retour à l’atelier, je vais commencer par déterminer un pré-débit et tronçonner les planches en gardant de bonnes longueurs.

  • Étape 4:
 
Passage à la dégauchisseuse! Ce merveilleux petit engin qui permet  de façonner une face complètement plate, ainsi qu’un champ à 90° (un angle droit quoi!)
C’est ce moment qui révèle au monde (!) le dessin du bois! Caché jusqu’à maintenant par le sciage brut des planches, j’avoue attendre avec impatience ce moment fatidique! (En vérité, je suis rarement déçue) Plusieurs passages sont nécessaires pour une planche.

  • Étape 5:
 
La raboteuse (ou planeur en québécois) c’est le moment où ma planche devient complètement plate et surtout les 2 faces parallèles! Plusieurs passages sont nécessaires pour une planche.
Ce que l’on va trouver dans les magasin de bricolage, ce sont souvent des planches près-rabotées.

  • Étape 6:
[Là je me dois de faire une parenthèse:
Dans l’imaginaire collectif, (et je ne vous en veut pas hein!) c’est seulement à partir de maintenant que le travail commence… Maintenant, vous savez que ce n’est pas le cas, bien des heures sont déjà passées! ]
 

 

Étape 6 donc, c’est le moment où il est difficile de faire une généralité. Suivant le projet, les machines utilisées vont se diversifier et les étapes aussi. Disons donc que l’étape 6 est l’ensemble des étapes spécifiques à chaque projet. Il peut donc être plus ou moins long. (On va pas s’embêter avec tout ça, c’est un peu compliqué. Puis il faut bien garder un peu de mystère!)

  • Étape 7:
 
Ça y est, toutes les pièces du projet sont prêtes à être assemblées! Mais avant, je vais faire un pré-sablage (c’est vrai qu’il y a beaucoup de « pré »-truc ..!). C’est donc par exemple un ponçage du grain 100 au grain 120. À oui, avant certains usinages, il est possible qu’un 1er pré-sablage ai déjà été fait (grain 80 par exemple)

  • Étape 8:
 
Je vous passe les détails…Disons que c’est le moment du collage. Souvent, on sous-estime le temps qu’un collage va prendre. Il y a beaucoup d’aspects à prendre en compte lors de cette étape: les dimensions finales, l’éventuel gauchissement des pièces, l’équerrage, comment faire pour serrer telle pièce avec telle autre? etc.

  • Étape 9:
 
Le sablage final! On peut à cette étape devoir affiner le grain et l’affiner encore suivant la finition choisie. Pour l’huile par exemple, il faudra monter le grain plus que pour un vernis standard.

  • Étape 10:
 
La finition . Il y a intérêt à avoir fait très attention à son sablage pour que le fini soit impeccable! Grâce à cette étape, le bois va être protégé. Entre chaque couche de finition, un égrenage (sablage très fin) est nécessaire.
J’aime beaucoup utiliser des huiles de finitions mais il existe aussi des vernis, des cires par exemple: c’est un vaste monde et un métier en soi.
Et voilà, le projet est terminé ! (Reste la mise en marché…!)
 
Je n’ai volontairement pas mis de correspondance en minutes ou en heures car, bien sur, tout dépend du projet. J’espère vous avoir un peu éclairé sur le processus de base!

Temps

On parle on parle, mais dis donc, pourquoi pas mettre tout ça sur papier? Bon ok sur écran. Hop c’est parti!

Cette fois, c’est Aurélie qui va jaser de sa vie, ou même de son rapport au temps. Alors oui, j’avais déjà évoqué vite vite le sujet dans l’article « Cuisiner », mais c’est un thème que l’on peut tellement malaxer, y penser et y repenser qui, mine de rien est la pierre angulaire de..eh bien pas mal de choses (CQFD)! On ne va pas aller dans la psychologie de comptoir, juste se permettre d’y réfléchir tranquillement.

Puis je vous parlerai de la question que TOUT LE MONDE se pose (si si), pourquoi quand on voit « fait à la main » tout semble soudain trop cher? Le temps..c’est vraiment de l’argent?

On se  retrouve après!

Le temps

Prendre son temps/ ralentir le rythme ( rouler à vélo, au rythme d’une calèche tirée par un cheval)

Avant de quitter ma vie parisienne, je n’avais jamais réfléchi à cette notion. Et pour cause je courais après le temps. Je n’avais plus le temps, ou pire, il ne fallait pas que je le perde !! Alors je n’avais pas le temps de faire attention à ce temps qui passe… Je n’avais pas le recul nécessaire.
C’est en revenant à la campagne que je me suis rendu compte que mon rapport au temps avait changé.
J’ai décidé d’arrêter ce train train quotidien infernal dans lequel je m’étais lancée, et je suis venue m’installer dans une petite maison au bord d’une forêt. Là il n’y avait plus  personne pour me presser . Je n’avais plus d’obligations professionnelles non plus. Ce qui allait de pair dans mon boulot. Il fallait être efficace. Faire le maximum de choses en un minimum de temps. Et finalement la qualité du travail n’avait plus vraiment d’importance.
« Prendre son temps ! » C’est tout d’abord se dire que pour réaliser une chose il faut un temps imparti; Que si l’on arrive à le faire plus rapidement que prévu, c’est peut être qu’on a oublié quelque chose, que ce n’est pas fini ou pire, que c’est mal fait, qu’il y a des erreurs et qu’il manque des choses… Et alors ? Sommes-nous satisfaits? Reconnaissants de notre travail ?
J’ai remarqué que certaines tâches du quotidien étaient des corvées et restaient désagréables si l’on ne prenait pas le temps de les faire. Pleins d’exemples me viennent en tête. Le brossage de dents pourrait être un moment très agréable ou même, soyons fou, étendre son linge ou faire la vaisselle… J’ai même remarqué qu’une tâche que je déteste faire, comme passer l’aspirateur, peut devenir supportable si l’on prend le temps de le faire. Avant de réaliser cela, je me cognais partout, l’aspirateur ne me suivait pas où je voulais, il butait dans des objets, les faisait tomber etc. Le bruit me devenait insupportable et je finissais très énervée. Aujourd’hui j’essaie de faire les choses le plus calmement possible. Alors oui, ça prend presque le double de temps, mais je ne souffre plus et je ne m’énerve plus tant sur des tâches quotidiennes.
J’ai donc aujourd’hui l’intention de ralentir le rythme de mes journées. Je souhaite en faire moins mais mieux. Me donner à fond dans ce que je fais, dans le moindre geste du quotidien. Ce qui m’évite alors de casser ou d’abîmer les choses. On peut y voir ici une économie qui est faite, sur le ralentissement de l’usure des objets et de moi même !

Perdre son temps (notion de notre société)

Je fais également attention de ne jamais dire et penser que « j’ai perdu mon temps » à faire telle ou telle chose. Il est important pour moi d’oublier l’idée que le temps peut se perdre ! Tous moments de calme et de non-action, ou d’actions qui n’aboutissent pas au but escompté, représentent du temps vécu. Je ne veux pas regretter le temps du passé. On a souvent l’habitude aujourd’hui que tout aille vite, que tout soit instantané. Si je veux « ça », je prends ma voiture et je vais dans un magasin l’acheter… Et si jamais je prends mon vélo finalement pour y aller ? Ou piiiiire, si jamais je prends le temps de fabriquer l’objet de mon désir !? Ça me prendra des heures, plutôt que quelques minutes, mais est-ce que j’aurai perdu mon temps ?

Faire sois même/ne pas laisser les autres faire (tricoter, bricoler etc.)

Et voici mon idée de faire le maximum de choses moi même, pour contredire ce monde où tout nous tombe tout cuit dans le bec ! Je veux  prendre le temps, et ce sera alors la plus grande partie de mon temps que j’accorderai à la création… J’ai réalisé le bonheur que cela procure de se rendre compte que l’on est capable de faire nous même et de connaître le temps qu’il faut pour réaliser telle ou telle chose. Tout prend sens et prend de la valeur. Cuisiner, coudre, tricoter, bricoler, réparer… Nos grands parents avaient bien plus de connaissances que nous aujourd’hui et j’aimerais que ça change. Je ne veux pas devenir la génération incapable de se débrouiller seule, dépendante de ces magasins et du tout fabriqué.
Alors oui c’est vrai, beaucoup me disent que j’en ai de la patience, qu’eux même n’ont pas le temps de faire tout ça… Mais finalement, le temps que l’on passe à travailler permet d’avoir un salaire qui permettra d’acheter ce que moi j’essai de fabriquer. C’est du temps passé. Je choisis le mien.

Attendre/patienter/imaginer
Ne rien faire/s’ennuyer/

Il n’est pas rare de nous entendre dire « je n’ai pas le temps » et pourtant c’est finalement nous qui pouvons décider si nous l’avons ou pas. C’est sûrement des choix à faire car une journée, ça ne changera sans doute pas, est composée de 24h. Alors ces 24h il faut les organiser. Il faut s’accorder des moments de pauses et de détente. Et là, on a beau dire « qu’on n’a pas le temps », mais pourtant c’est bien ça qui nous fait vivre. Si jamais nous ne nous accordons plus de pauses, il est impossible de recharger nos batteries. Il n’est alors plus possible d’être efficace sur nos moments d’action. C’est technique, on n’y peut rien. Alors prenons le temps de dormir, souffler, être inactif …

Aurélie Latitbit

Comme le dit plus haut Aurélie, fabriquer le plus de choses possible par ses propres moyens est une très bonne idée! Cela crée un lien émotionnel et particulier avec l’objet ( une valeur personnelle ), contrairement au même article fabriqué en usine.

Il se peut aussi que nous choisissions de ne pas fabriquer tel ou tel objet pour plusieurs raisons. Par exemple si l’on manque de connaissances ou de capacités techniques. C’est alors que l’on cherche à se le procurer autrement.

Lorsqu’on décide de faire plus attention à sa manière de consommer, on pense alors aux friperies ou à « acheter local ». Réduire les transports et les intermédiaires, vous avez surement déjà entendu parler de tout ça. Et en parlant de réduire les intermédiaires, quoi de plus direct que de faire affaire avec les artisans locaux?

Oui mais voilà, pourquoi aller acheter une paire de chaussettes ou un bol en bois 2 ou 3 fois plus cher que dans un grand magasin?

Il y a beaucoup de très bons arguments pour cela:

-On sait qui a fabriqué, avec quels matériaux et que les conditions de travail sont bonnes.

-On veut encourager les artisans locaux à fabriquer des objets qui dureront dans le temps, ici pas d’obsolescence programmée! Qui dit artisan de métier dit savoir faire, sauvegardons le.

-Pouvoir communiquer directement avec le fabricant pour des questions ou d’éventuelles réparations, c’est rassurant et ça permet de ré-humaniser les relations avec les fournisseurs de service 

-En achetant chez un artisan du coin, il ira lui même avec l’argent gagné, faire vivre les autres artisans ou commerces des environs. Cela  favorise la vitalité de la communauté.

-Acheter moins mais de qualité, c’est plutôt pas mal! Entre devoir racheter 6 fois la bibliothèque Billy chez ikéa ou 1 fois une bibliothèque unique et durable chez l’ébéniste du coin…Le choix est vite fait.

Pourquoi c’est plus cher à l’achat?

Bien sur, il y a ce rapport au temps, on y revient! Même si l’artisan en question s’équipe pour réussir à fabriquer en mini séries, tout reste fait à la main. Et ça, ça prend du temps.

Lorsque l’on décide de faire un travail contre un salaire, nous sommes bien souvent payés à l’heure. C’est pareil pour les artisans. Et si l’artisan en question décide de suivre une éthique responsable en choisissant respectueusement ses matériaux, cela aussi a un coût. Ce coût étant lui-même en lien avec le temps passé à l’élaboration et à la fabrication de ce matériau.

L’artisan a aussi des frais 

En plus de tout ça, l’artisan doit penser à payer ses frais d’atelier et d’électricité s’il se sert de machines. Si vous allez vous balader dans les marchés artisanaux, pensez qu’il y a aussi un coût pour la location d’une table, de même pour une boutique…Et j’en passe!

Si l’artisan ne prend pas tous ces éléments en compte, il vendra à perte, et ne pourra pas vivre de sa profession. Alors oui, lorsque l’on parle métier contre salaire, le temps est forcément lié à l’argent. Mais aussi dans le sens du consommateur!  Celui-ci aura en effet payé plus cher à l’achat, mais son achat durera dans le temps.

Préférer un artisan local à un gros centre d’achat, c’est gagner son temps, son énergie et son argent pour des objets durables et fabriqués dans de bonnes conditions. Comme dirait l’autre: J’suis trop pauvre pour ach’ter cheap!


D’autres articles sur le sujet:

Semer

Avoir la main verte…C’est toute une histoire!

D’expérience, je sais que ce n’est pas inné!

Chacun peut parvenir à avoir les doigts verts s’il s’intéresse aux plantes, s’il apprend à les cultiver et les soigner, s’il les aime, s’il est passionné. Il faut également être patient et humble devant les échecs qui peuvent arriver mais desquels on apprend beaucoup. Finalement, le jardinage c’est un peu l’école de la vie !

Extrait d’un article du Monde

J’ai d’abord commencé par m’intéresser aux arbres. Mon goût pour l’ébénisterie y est pour quelque chose! Les essences de bois: érable, cèdre, cerisier, hêtre, bouleau, tilleul, pin… Ce sont des formes, des feuilles, des écorces différentes, mais aussi des propriétés, densités, odeurs, histoires …! Par exemple, le tilleul est mou, facile à sculpter alors que l’érable est parfait pour faire un bloc de boucher bien dur.

J’ai beaucoup lu sur les arbres et la bibliothèque du quartier a été ma meilleure collaboratrice! A partir de ces lectures, j’ai dessiné et fabriqué un résumé ludique (l’Arbier ou Herbier) de ce que j’ai appris; parce que bon, tous ces livres sont remplis d’une foule d’éléments passionnants, mais pas forcément très accessibles, si on ne se force pas un peu..!

Des années auparavant, j’avais chez moi une belle orchidée et un lierre. Le lierre a très vite dépéri, alors même qu’on m’assurait que c’était très facile à entretenir. L’orchidée, qui me disait-on était capricieuse a duré, et duré.

Qu’on se le dise j’étais très fière de cette orchidée, quasiment toujours en fleur! Mais j’ai surtout compris que pour le lierre, je n’avais pas eu d’indications alors que pour l’orchidée j’avais eu de très bons conseils.

Alors, lorsqu’est venu le moment où mon désir de faire pousser des plantes a grandi, je me suis renseigné de plus en plus sur le sujet. Et j’ai essayé, testé. Beaucoup. Mais il y avait toujours un problème: manque de luminosité, trop d’humidité, pas assez de conseils et..un chat..!

Au grand dam de mon ancienne colocataire, j’ai continué et j’ai tenté de faire pousser mes propres semis! Essais plus ou moins concluants par ailleurs. Mais je n’ai pas perdu espoir et ce, même après que les écureuils aient croqué dans chacune des tomates du balcon!

En pensant au projet Arrablium, j’ai cherché à créer un espace propice pour une certaine catégorie de plantes: qui n’a pas besoin de beaucoup d’eau/ou de garder leur eau, besoin de chaleur et à l’abris du chat, c’est encore mieux! Un endroit idéal pour les semis, plantes tropicales ou même cactus!

Faire pousser des plantes, qu’elles soient alimentaires ou non, est une expérience enthousiasmante et inspirante! Elles peuvent avoir des vertus médicinales, être comestibles, assainir l’air, isoler les bruits de fond…Et mine de rien, lorsqu’une petite pousse verte apparaît dans la terre, une petite bouffée de confiance en soi et de bien être la suit de près… Juste pour ça, c’est à essayer! 

Et si vous ne savez pas par où commencer avec vos semis, je vous conseille La Box à planter (si vous passez par la France)! Ce sont des box envoyées par courrier, contenant des sachets de graines de saison (bio) ainsi qu’un livret de conseils pour les faire pousser et les déguster! Le concept est vraiment intéressant, ludique et extrêmement facile d’accès.

Enfin, pour aider à planter des arbres tout en surfant sur internet, il existe Ecosia! Un moteur de recherche équivalant à Google dont 80% des bénéfices servent à reboiser la planète! C’est assez génial non?

On parlera plus en détail de l’agriculture urbaine dans un prochain article, promis!


 

Cuisiner

Le temps: une grosse contrainte qui rythme nos vies quotidiennes.

« J’peux pas, j’ai pas l’temps ». « Ça m’tente pas, pour une fois que j’ai un moment tranquille j’veux en profiter… »

On ne peut pas le nier, 35 ou 40h/semaine, ça rince. Et quand on se retrouve chez nous après une journée de travail, on n’a pas forcément l’envie ni la motivation de mettre en pratique toutes nos bonnes résolutions.

Donc si on veut changer notre manière de consommer, ça veut dire s’adapter et adapter une partie de notre temps à notre but. C’est revoir notre quotidien et réussir à le prendre ce temps, à le redécouvrir et à y prendre du plaisir (sinon ça marche pas!).

C’est évident que chacun de nous a ses propres contraintes personnelles et c’est impossible de trouver une solution miracle, bonne pour tous. C’est pour cela que la démarche passe par un travail individuel, un minimum d’organisation et de volonté (peut-être passer moins de temps devant des séries, vidéos youtube, fil d’actualité facebook..ou autre activité chronophage?). Et surtout y aller à son rythme.

Quand nous n’avons pas fait quelque chose, au lieu de dire « je n’ai pas eu le temps », assumons notre part de responsabilité et reconnaissons plutôt: « Je n’ai pas pris le temps ». Car en réalité, nous avons choisi de faire autre chose. Cette petite exigence vis à vis de nous-mêmes permet de ne pas oublier que ce que nous faisons, ou ce que nous ne faisons pas, est la conséquence de nos arbitrages : ce sont nos choix.[…] Oui il est possible de vivre avec son temps tout en prenant le temps de vivre. De renouer avec l’essentiel et d’en retrouver le sens. De faire des choix forts, singuliers, assumés.

Extrait de Choisir de ralentir, Nelly pons

Nous ne sommes pas des êtres parfaits, alors il semble inutile de placer la barre trop haut au début. Il faudra laisser le temps apporter sa part de travail (non mais!).

[Pour ma part, je me donne pour but de m’informer puis de faire des tests. Une information qui mène à une idée mène alors à une expérience. Une expérience, ça prend du temps. Mais j’aime l’idée de me prendre ce temps pour expérimenter un intérêt. J’ai l’impression alors que ce temps que j’ai pris va me revenir d’une manière ou d’une autre, c’est comme ça que l’on apprend. Plus on expérimente, plus on pratique, plus l’action devient facile et rapide. Et alors, notre temps, on le retrouve!]

Je vous l’accorde, tout cela est un peu général…

Le fait est que je souhaite évoquer ici un besoin de base par le biais de la contrainte temps: se nourrir. Si on fait le lien entre manger et notre temps, on trouve (roulements de tambour…) l’action de cuisiner! Et ce n’est pas forcément une activité pour laquelle on a envie de passer le plus de temps!

Alors en réalité, que nous apporte le fait de prendre le temps de cuisiner sa propre nourriture?

  • Gérer ce qu’on ingère! En choisissant nos ingrédients, où on les trouve, et qui les fabrique, on garde le contrôle sur ce qu’on mange, la fraîcheur et la qualité. On est impliqué, on se réapproprie notre besoin de base. De plus, on peut ainsi encourager des producteurs locaux.
  • Manger à moindre coûts. Entre un plat préparé d’une qualité X et le même plat fait maison de la même qualité, le prix ne sera pas le même. Cuisiner réduit donc considérablement les coûts, et encore plus si l’on achète en vrac ou en gros.
  • Faire ses stocks. Et justement, si l’on achète en gros, on peut alors cuisiner une grosse batch d’un seul coup! Ainsi, on se crée un stock (bocaux, congélateur…) de nourriture où l’on pourra venir piocher plus tard.
  • Varier les plaisirs. En commençant à cuisiner, on se met souvent à chercher de nouvelles recettes, ne serait-ce que pour changer de menu. En tombant sur de belles découvertes, cela peut nous donner envie d’en chercher d’autres et de tester de nouvelles saveurs tout en apprenant à les utiliser.
  • Limiter les déchets. Tout est question de lieu d’approvisionnement et de choix. Du même coup, on peut réduire notre gaspillage alimentaire (en utilisant toutes les parties comestibles d’un légume pour différentes fins par exemple).
  • Faire une activité à plusieurs. Cuisiner peut aussi être l’occasion de partager une activité familiale ou même avec des amis. On s’installe tous devant une table et c’est parti!
  • etc.

Pour encore plus me motiver à cuisiner des légumes bio de saison, j’ai testé plusieurs sortes de paniers à Montréal. Equiterre est l’organisme qui m’a le plus convaincue! Il y a beaucoup de points de cueillette et les fermiers participants ont tous des valeurs communes. Il est même possible de s’abonner à des paniers d’hiver qui proposent une variété intéressante de légumes.

Plus la peine de chercher des légumes de saison/locaux/bios dans une (ou des) épicerie(s) X, on fait directement affaire avec un producteur du coin! En plus de connaître ses valeurs et sa manière de cultiver, il nous propose directement une sélection de sa production de saison. C’est donc en fonction des légumes reçus hebdomadairement que l’on détermine nos menus.

Un panier de légumes de saison, ça veut peut-être dire: tomber sur des légumes inconnus! Le but est alors d’aller se renseigner sur comment les cuisiner, trouver des recettes! On en revient à « prendre le temps », n’est-ce pas? Une fois que l’on a testé des recettes qui nous plaisent, on connaît l’originalité des-dits légumes, on s’enrichit de nouvelles connaissances et compétences!

C’est dans l’optique de rendre pratique et ludique la cuisine chez soi que j’ai travaillé sur le projet L-aimanterre. J’ai voulu proposer une déclinaison du porte-couteaux qui serait esthétique, personnalisable (suivant la grosseur de ses couteaux) et du même coup un brin ludique! Eh oui, un bon couteau bien aiguisé fait toute la différence, même devant une simple tomate!

Alors à nos couteaux! 


Si un besoin de coup de pouce se fait sentir, pour s’y mettre, pour de l’accompagnement, ou pour la découverte, il existe de plus en plus de solutions!

  • U-main: kits pour fabriquer du fromage chez soi! Une belle expérience à vivre et re-vivre et une alternative géniale pour changer des fromages hors de prix de ton épicerie!
  • À dévorer : des kits prêt à cuisiner, composés de bons produits et qui luttent contre le gaspillage alimentaire
  • Food du coin: livraison de lunch santé des restaurants du coin

.Idées de Paniers de légumes à Montréal:


    Propositions de petites lectures sympatiques:
  • Le charme discret de l’intestin, tout sur un organe mal aimé, Giulia Enders, aux éditions Actes Sud
  • Choisir de ralentir, je passe à l’acte, Nelly Pons, Actes sud/Kaizen

Vrac

Avez-vous remarqué que fleurissent un peu partout des boutiques ou épiceries dites « zéro déchet »?

Le maître-mot: Vrac.

Mais pourquoi tant de haine envers les emballages? Car finalement, nous les aimons ces emballages. Ils nous permettent d’être certain que personne n’a touché directement au produit que nous achetons. Les aliments sont toujours beaux sous pellicule plastique, aucun poc, aucun bleu. Nous sommes séduits par la qualité du matériau, de sa couleur, de son esthétisme, son ergonomie…

La consommation à la Mad men (vendre un produit non pas pour ce qu’il est mais pour l’image qu’on veut lui donner, et surtout vendre à tout prix!) est encore d’actualité. On aime ça les emballages, c’est comme ça.

C’est comme ça?…Pas tout à fait. La tendance est au choix écoresponsable. On se pose donc plus de question sur les conséquences de nos déchets et les artisans réussissent à trouver des solutions alternatives esthétiques et compétitives. Les épiceries commencent elles aussi à remettre leurs bases en question.

En 4 ans, j’ai déjà pu constater une évolution à Montréal. De 2013 à 2015, je découvrais l’engouement autour des marchés et boutiques d’artisans locaux. C’était vraiment épanouissant de voir toute cette communauté d’artisans qui avaient autant de visibilité et d’attraction! C’est toujours la cas d’ailleurs et ça fait chaud au coeur de voir tous ces gens qui interagissent, posent des questions aux artisans, veulent savoir où et comment tel objet a été fait. La conscience du « consommer local » était déjà installée.

Depuis 2015-16, j’ai concrètement vu des épiceries comme Loco, Méga vrac, Vrac et bocaux, mais aussi Vin en vrac ou Animal vert (pour les animaux de compagnie), ouvrir leurs portes. Il existait déjà des parties de certaines épiceries où nous pouvions acheter des épices ou graines en vrac (ainsi que quelques « légumes moches » en rabais). Mais dans le cas des nouvelles, c’est tout le concept de l’épicerie qui est devenue « zéro déchet »! Elles contribuent à faire passer l’idée de repenser nos choix de consommation en mettant en avant la notion de « vrac » mais aussi la proposition de solutions pour réutiliser des objets jetables (bouteilles,sacs de tissu, tissu cirés de conservation…). Sus aux contradictions! Tout va ainsi dans le même sens, on est accompagné.

Le but du vrac: réduire les emballages en apportant nos propres contenants, mais aussi réduire les coûts. Donc pour le même prix qu’en épicerie classique, nous avons des aliments de meilleure qualité, souvent bios et locaux. Les prix de certains aliments peuvent être plus élevés que chez maxi ou métro, mais ils sont alors issues du commerce équitable (comme le café par exemple). C’est donc encourager le travail justement rémunéré partout dans le monde et contribuer au développement durable. D’une épicerie « zéro déchet » à l’autre, les prix peuvent varier un peu, mais concrètement, nous tournons toujours autour du même prix/kg. 

[En Suède, ils vont encore plus loin en ouvrant une galerie commerciale 100% recyclage : retuna aterbruksgalleria. À suivre…!]

Il y a environ 2 ans, je me renseignais sur les paniers de légumes disponibles à Montréal (j’approfondirai ce thème dans un prochain article). On m’a alors parlé d’un groupe d’achats d’aliments biologiques et écoresponsable en vrac : Nousrire ! D’après mon expérience, c’est vraiment une des meilleures opportunités de consommer mieux et moins cher. Les buts de ce groupe sont à la fois très simples, efficaces et très sensés:

-Le partage 

-De la nourriture biologique en vrac

-Payer le juste prix de cette nourriture

Les commandes sont aux  2 mois, ce qui oblige à prévoir nos besoins et ce n’est pas plus mal! En prévoyant nos achats, on commence à entrevoir nos prochains menus. Et en prévoyant nos menus, nous sommes alors moins tentés de céder à des achats spontanés et compulsifs au supermarché, un jour de non-créativité culinaire. Achats qui pourraient se retrouver en phase terminale au fond du frigo quelques semaines plus tard!

Le jour de la « cueillette » on amène nos contenants et des bénévoles nous les remplissent. Un conseil: les sacs en tissus sont plus pratiques que les bocaux en verre car moins lourds et encombrants pour le transport.

Avec toutes ces possibilités d’acheter en vrac, l’idée des Distributeurs est arrivée et nous (collaboration avec Enora Billard) a paru tout à fait d’actualité. Le message d’acheter en vrac tout en utilisant un contenant fabriqué localement, et ce pour toute la famille, nous a séduit!

C’est tellement agréable de comprendre que l’on peut combiner éthique et plaisir! Et « bien manger, c’est le début du bonheur »! (Un bon slogan non?)

Cette démarche est de plus en plus véhiculée, comprise, acceptée et appliquée par la majorité des individus, j’ai bon espoir, continuons comme ça!


Si l’on veut se faire livrer (Montréal+rive sud) tout en gardant cette démarche : Vrac sur roues est à tester!


Et pour ne pas perdre de vu notre impact dans tout ça:

Sans frigo

Les tiroirs de mon frigo ne sont pas mes amis.

A chaque fois c’est la même chose, je reviens de l’épicerie, je range mes légumes bien comme il faut dans les tiroirs pour qu’ils se conservent le mieux possible. 

Puis le trou noir/espace/temps/intergalactique, 1 semaine après, il restera toujours 3 carottes ou un poireau en piteux état.

 

Alors comment faire pour moins gaspiller? Comment faire pour ne pas oublier systématiquement des aliments dans le frigo?

C’est en me posant ces questions que j’ai commencé à me renseigner sur la conservation des aliments sans frigo. Et ma fois, je me suis prise au jeu! J’en suis même venue à me demander si cette grosse machine (encore plus énorme en Amérique du nord qu’en Europe) était vraiment nécessaire?

[Bon, pour dire vrai, je ne suis pas encore prête à m’en séparer, je tiens trop à ma crème (les habitudes normandes sont coriaces)! Mais tout de même, je me suis rendue compte qu’on ne se pose pas la question, c’est un reflex de posséder un frigo chez soi: avec le poêle et l’évier il fait parti du trio de base dans une cuisine.]

Le MONDE insoupçonné de la conservation sans frigo s’est alors ouvert devant mes yeux. En 2015 j’ai commencé mes recherches et c’est cette année, en 2017, lors d’une visite au festival zéro déchet de Montréal que je suis tombée sur, à ma connaissance,  le premier livre sur le sujet (Notre aventure sans frigo…ou presque, de Marie Cochard, éditions de l’homme). Je suis allée dans les bibliothèques, dans quelques librairies, sur internet et je suis tombé sur plusieurs projets et explications.

Ce que j’en ai retenu? Le réfrigérateur peut donc être un propagateur de gaspillage. En effet, on se dit que grâce à la fraîche température, il n’est pas nécessaire de consommer nos aliments rapidement. Mais notre frigo n’est pas magique… De plus, beaucoup de nos aliments ne devraient pas être conservés au froid et par habitude, tout y passe. Et bien sur, le frigo consomme beaucoup d’énergie.  Bilan: on ne réfléchi pas assez à l’impact que peut engendrer le dépôt d’un aliment dans ce gros bac de froid connecté au mur.

Je me suis alors concentrée sur l’idée de pouvoir toujours avoir un œil sur les aliments afin d’éviter la phase critique de l’oublie. C’est à partir de cette idée et de principes anciens de conservation que j’ai dessiné l’îlot de cuisine En 3 coups d’pédale à pot (et il en existe tellement à tester que la promesse de projets se fait entendre!)

Au jour d’aujourd’hui, je continue les recherches, et j’espère réussir à apprivoiser mes habitudes et m’en faire de nouvelles. Peut être qu’un jour, le vrombissement du frigo cessera de bourdonner dans mes oreilles!

Je me rend compte que lorsque l’on commence à appréhender la « consommation responsable » (ou tout simplement une consommation respectueuse de l’environnement et de notre corps), tout s’imbrique et la logique se crée doucement. Ça prend du temps, surtout pour vaincre de vielles habitudes ancrées, et aussi quelquefois pour faire comprendre la démarche à des proches (je le sais d’autant plus que je pars moi-même de loin!) Mais pas de panique, une fois élancé, la route est très agréable et pleine de trouvailles!

Un petit questionnaire à tester pour aider à se positionner dans tout ça: Quel type de consommateur êtes-vous?


 

Quelques pistes pour en apprendre plus sur le sujet:

On s’y met?

Le 14 novembre 2017, les médias, à l’aide du manifeste signé par 15000 scientifiques (tout de même) se sont enfin mis au diapason ! Notre planète va mal et nous en sommes les fautifs. Il faut maintenant changer drastiquement nos habitudes de consommation et de production (et ce en 2 ans maximum) sinon nous allons définitivement tout détruire.

On avait déjà entendu des choses comme ça il me semble…Mais comme tout le monde à l’air d’accord et que la manière de le dire se fait plus sensationnaliste, peut-être que de nouvelles lumières vont s’allumer (dans les cerveaux j’entends!) ?  Allez, on y croit!

« Il sera bientôt trop tard pour dévier de notre trajectoire vouée à l’échec, car le temps presse, […] Nous devons prendre conscience, aussi bien dans nos vies quotidiennes que dans nos institutions gouvernementales, que la Terre, avec toute la vie qu’elle recèle, est notre seul foyer. » 

Citation tirée du Devoir sur le sujet

Oui, la situation est critique, mais ne nous laissons pas décourager par cette angoisse grandissante. Des films comme Demainou des articles comme celui-ci: Climat: six raisons de ne pas désespérer font prendre conscience qu’heureusement, il existe des solutions.

En attendant un mouv’ des gouvernements (et on peut attendre longtemps), J’ai bien envie d’attacher ma tuque et de voir ce que je (/on?) peux faire par moi même! 

C’est dans cet état d’esprit, dans cette recherche d’apprentissages et de connaissances sur le sujet que je commence ces articles. Le but étant de partager mon cheminement, autant par la réflexion que l’avancement de mes travaux. 

Vous avez surement remarqué que ces temps-ci, on entend parler partout du gaspillage alimentaire et du faramineux problème de nos déchets. À première vue, ce sont des sujets moyennement sexy. Mais si l’on se force un peu, très vite on se rend compte de l’importance d’en parler, de s’informer et d’agir.

J’ai pu lire des témoignages très agacés sur le principe « zéro déchet ». Il peut sonner comme un énième business pour nous faire les poches sur fond de publicité « bobo ». Alors oui, comme toujours, certaines personnes ou industries vont surfer sur cette idée pour la course à l’argent.

Mais tendre vers le « zéro déchet » c’est avant tout une manière de revoir sa consommation, car c’est bien en tant que consommateur que nous avons souvent le plus de poids. Servons nous de ce pouvoir intelligemment, c’est à dire pour le meilleur! Et ce, même si on ne réinvente pas la roue! (Big up à nos grands parents!)

Et pourquoi ne pas réaprendre à penser notre quotidien, à réfléchir sur nos choix de consommation? C’est une si belle cause et vitale en-plus-de-d’ça! 

On va s’entraider, ça va bien aller!